• Elinwë

La Zadonščina


Institut d’Études slaves (1967) traduction par A. Vaillant – 5,75€

Mais qu’est-ce qu’elle nous a ressorti encore ? 🤨 oui, je sais, c’est un peu inconnu au bataillon en France, surtout avec ce nom très compliqué pour le français qui n’a pas d’accent sur les consonnes. Pour vous simplifier, c’est le son chtch russe, comme dans Khrouchtchev. Bah, ça vous aide vraiment pas ?🤔 on va dire que c’est un son qui se rapproche très vaguement de « chieu » en français, ce qui donne tout simplement, « Zadonnechina » avec un super accent frenchie comme on adore !


Et effectivement, je le ressors de ma bibliothèque d’études russes (enfin de mon étagère sur la bibliothèque, faut pas abuser quand même). Mais de quoi donc s’agit-il ? tout simplement d’une épopée historique de la Russie. Bon, comme L’Illiade, il y a beaucoup d’exagération, MAIS les personnages ont réellement existé.


L’épopée raconte la manière dont le grand-prince Dmitri Ivanovitch Donskoï a vaincu la horde tatare en 1380 avec son cousin Vladimir Andréïévitch et une formidable armée de 300 000 hommes au moins ! (en vrai, ils étaient beaucoup moins mais il faut bien glorifier les hommes, hein ?🤣). Leur adversaire ? le puissant khan tatare Mamaï. Oui, oui, Mamaï était un terrible infidèle qui taxait accessoirement les princes russes pour la Horde d’Or bien installée depuis quelques temps sur les territoires russes qui ont bien failli ne pas s’en remettre avant un moment. Et je vous vois rire derrière votre écran, là ! c’est pas bien de se moquer de ce pauvre Mamaï à cause de son nom ! c’est pas de sa faute si des siècles plus tard, on dit qu’il n’y a que Maille qui m’aille, hein !

Pour ceux qui craignent la longueur, pas de panique ! La Zadonščina fait une quinzaine de pages au total.


Enfin la version que je possède fait plus de pages puisque le traducteur a rajouté une introduction assez intéressante pour ceux qui s’intéressent à la création des deux versions qu’il nous propose par la suite et à l’évolution de la langue. Et il y a aussi une retranscription en langage pas si moderne que ça des textes originaux en vieux russe pour les amateurs. Pas si moderne parce qu’ils ont été retranscrits dans l’écriture cyrillique d’avant 1917 où les communistes ont simplifié l’alphabet qu’on connaît encore maintenant et non dans l'alphabet slavon qui est l'ancêtre du russe moderne. Vous avez tout compris ? Si oui, je suis contente de voir que je sais faire des trucs alambiqués pour rien ! 😁


Mais pourquoi j’ai ce genre de trucs chez moi ? oh, euh… la curiosité linguistique ? plus sérieusement, j’avais des cours de vieux russe en 3ième année de licence et on en avait un extrait qui pouvait tomber en examen alors j’ai sauté sur le premier livre d’occasion qui passait.

Enfin, d’occasion… le bouquin a été imprimé en 1967 mais j’ai dû découper les pages qui n’avaient pas été séparées à la machine sur les côtés pour permettre qu’on les lise une par une, c’est dire si personne l’a jamais ouvert !

Bon, pour le coup, j’étais tombée sur La Chronique des Temps passés il me semble (d’ailleurs, il est possible que j’en parle puisque c’est un texte important de l’histoire mythique de la Russie) mais en la relisant, je regrette pas l’achat vu qu’il y a quelques petites pépites concernant le monde scientifique dans l’avant-propos et même dans le texte.


Si vous ne lisez pas la retranscription scientifique du russe, ça risque d’être compliqué pour vous avec toutes les notes et tous les noms qui sont retranscrits bizarrement (genre avec des apostrophes au milieu du nom ou des consonnes accentuées), mais sinon, je vous invite à lire au moins la traduction si le contexte ne vous intéresse pas. La translittération scientifique est merveilleuse pour rendre au mieux les sons de chaque langue mais comment dire que pour le français qui n’intègre pas tous les accents (comme le fameux macron, pas notre président mais vous savez, la barre qu’on voit parfois au-dessus des voyelles dans une retranscription d’un prénom asiatique notamment), c’est un petit peu compliqué de s’y retrouver mais je vous mets à la fin un lien vers un tableau qui vous aidera à comprendre ce que vous lisez si vous ne connaissez pas le système.

Mais lisez aussi l’avant-propos qui m’a fait rire avec cet extrait : « Les éditions de Mme Adrianova-Peretc et de V. F. Ržiga ont leurs mérites, mais elles sont viciées par une erreur de méthode et n’apportent pas un texte sûr. Et que dire de celui de la Chrestomathie de N. Gudzij, qui en est encore à reproduire le panachage de versions différentes de la vieille édition de Šambinago ! » Si ce n’est pas un défonçage en règle de ses compétiteurs dans ce champ très réduit de l’étude de cette épopée, je sais pas ce que c’est !


Sinon, pour le style ? oh, bah, assez classique dans le genre de l’épopée avec ses phrases types comme L’Iliade et L’Odyssée ont (« Quand l’aube aux doigts de roses se fut levée », « Ulysse au Mille Ruses », etc.)

Pour conclure :

« Andrej disait à son frère Dmitrij : « Nous sommes nous-mêmes deux frères, fils d’Olgerd, petits-fils de Gedimin, arrière-petits-fils de Skoldimer. Chevauchons, frère, nos rapides coursiers, buvons, frère, dans nos casques l’eau du Don rapide, éprouvons nos épées d’acier damassé. Car déjà, frère, un cognement cogne et un tonnerre tonne dans la glorieuse ville de Moscou. Ce n’est pas, frère, un cognement qui cogne ni un tonnerre qui tonne, ce qui cogne, c’est la puissante armée du grand-prince Dmitrij Ivanovič, ce qui tonne, ce sont les preux avec leurs casques dorés, leurs boucliers rouges. »

This is Sparta ! Oh, euh… désolée, mauvaise épopée !

Liens : https://fr.wikipedia.org/wiki/Translitt%C3%A9ration_des_caract%C3%A8res_cyrilliques_russes

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur la Horde d’Or : https://fr.wikipedia.org/wiki/Horde_d%27or

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