Tess d’Urberville – Thomas Hardy

Aujourd’hui, je râle. Voilà, vous êtes prévenus ! Donc si vous voulez éviter de me voir m’exciter sur ce roman, je vous conseille de ne pas poursuivre la lecture de ce post (je ne vous en voudrais pas du tout, je vous comprends, je suis assez insupportable quand je m’y mets).


Mais sinon, aujourd’hui, je m’attaque à Tess d’Urberville (Tess d’Uber pour les intimes) et autant vous dire que je ne sais pas si je suis admirative du travail de l’auteur ou si je le hais très fort.

En résumé très gros : Tess est une jeune femme qui va se faire utiliser sa famille qui veut s’élever socialement en pigeonnant un lointaine cousine noble et qui va en subir les conséquences tout le long de sa vie. Et nous, on va subir sa vie et avoir envie d’étrangler absolument tous les personnages à peu près tous les chapitres.


Avant d’aller plus loin, je vous préviens, si vous êtes très sensibles à propos du harcèlement sexuel, du viol et/ou du meurtre (en général, hein), je vous conseille d’éviter cette lecture qui m’a quand même mise très mal à l’aise par rapport au traitement de ces sujets qui me touchent (comme beaucoup de personnes en France, quoi qu’on en dise).


Donc en résumé plus complet : le père Durbeyfield découvre par hasard au détour d’une conversation avec son curé qu’il descend des d’Urberville, une famille noble très ancienne qui s’est presque éteinte en dehors de cousins par alliance à un très lointain degré. Pris dans ses nouveaux rêves de grandeur, le père convainc la mère que leur fille aînée (la dénommée Tess d’Uber) sera parfaite dans le rôle d’émissaire auprès de ces lointains cousins.

Notre Tess se rend donc auprès de ces cousins et rencontre une vieille dame et son fils qui la prennent à son service. Et c’est là que la douille commence pour elle. Le fils tombe amoureux de Tess et s’avère être un forceur de première malgré ses tentatives de fuite (il me rappelle beaucoup un certain ministre de l’intérieur, c’est fou !). Et une nuit, c’est le drame. Vous vous doutez bien qu’il n’allait pas rater l’occasion de la violer au cœur d’une forêt sans personne aux alentours, hein.

Après ça, Tess revient chez elle où elle est accueillie assez froidement par sa famille parce qu’elle a foutu en l’air un potentiel mariage (lol, il l’a violée et en plus, il fallait qu’elle l’épouse ?) et qu’en plus, elle est tombée enceinte de ce gros porc (pardon les petits cochons, vous n’avez rien fait pour être comparé à des mecs au comportement immonde). Après la mort du bébé, Tess décide de reprendre sa vie en main et d’aller travailler dans une ferme très loin de sa famille.

Là-bas, elle rencontre un fils de pasteur qui tombe éperdument amoureux d’elle. Elle refuse à plusieurs reprises sa demande parce qu’elle sait très bien ce qu’il va se passer si elle lui révèle avoir été violée et engrossée avant d’accepter sans rien lui dire. Vous devinez la suite ? Elle finit par lui avouer, monsieur se barre furieux qu’elle ait osé se donner à un autre (alors qu’elle a été violée, je le rappelle) et qu’elle ne soit pas qu’à lui et elle se retrouve encore dans la mouise.


Je vous laisse la fin du roman mais il n’y a rien de rattrapable, je ne vous rassure pas.


Mais pourquoi j’ai lu ce roman ? Bah euh… j’en avais entendu parler avec la pub sur Arte de son adaptation cinématographique il y a quelques années et puisque l’ebook est gratuit, je me suis dit que c’était l’occasion. Ah, en regardant la fiche Wikipédia du roman, je découvre que le film en question a été réalisé par Polanski, c’est… intéressant de voir qui ressemble s’assemble.


Quelle erreur ! Il n’y a absolument rien qui va dans ce livre !


Déjà, parlons un peu de Tess. C’est une femme écrite par un homme. Vous voyez le problème quand c’est un livre de la fin du XIX° ? Elle est élevée en modèle de vertu incomprise, en douceur incarnée, en actrice passive de sa vie. Cette femme est un cliché vivant de tout ce que doit être une femme pour la société anglaise de l’époque en dehors du fait qu’elle est violée et qu’elle paie les pots cassés pour son connard de violeur (pardon pour les mots mais le d’Uber me révolte au plus haut point mais on y reviendra). En fait, c’est plus un avatar de femme qu’une femme. Ce qui est très dommage parce que si son traitement avait été mieux amené, j’aurais peut-être un peu (mais vraiment un peu) apprécié la lecture.

Ensuite, parlons de sa famille proche, de son père et sa mère surtout. Ce sont des personnages immondes. Enfin, tout le monde est immonde dans ce roman alors je devrais plutôt diversifier mon vocabulaire. Et surtout les qualifier de géniteurs parce qu’un père qui jette sa fille dans les bras d’un inconnu pour du fric ne mérite pas d’être appelé père. Parce qu’une mère qui accuse sa fille d’avoir foiré son mariage avec un violeur et d’avoir déshonoré la famille par ledit viol a autant d’empathie qu’une moule (et encore, la moule en a plus, j’en suis certaine).

Ensuite (encore), parlons d’Angel Clare, le mari de Tess. Le fils de pasteur. C’est quel genre d’enfoiré qui se barre en Amérique (donc vers une chance sur deux de mourir à l’époque) juste après avoir appris que sa femme a été violée et qu’elle a perdu l’enfant de ce viol ? Le mec n’a rien d’un ange et si c’est ça, être chrétien, je crois qu’il faut revoir ses notions de religion à la base parce que je crois que « rejette la femme violée » ne fait pas partie des 10 commandements mais je peux me tromper.

Enfin parlons de d’Uber cousin du nom. Vous voyez notre ministre de l’intérieur ? en France, je veux dire. Eh bah, c’est la même histoire de forceur qui viole, assume rien, accuse la femme de perversion, la poursuit quand même et s’étonne d’être détesté derrière. Désolée si la comparaison choque mais c’est la meilleure que j’ai sous la main avec Polanski mais à ce qu’il paraît, il ne faut surtout pas en parler.


Franchement, je ne sais pas comment lire cette œuvre. Enfin, comment la comprendre. Est-ce que Thomas Hardy défend l’idée qu’une femme violée n’a pas à subir le jugement des autres quand les hommes qui couchent hors mariage sont considérés comme la norme et respectés ? est-ce qu’il cherche à critiquer la façon dont on reçoit cette femme après son viol ? est-ce qu’il s’en fout totalement et qu’il cherche à faire passer un autre message ?

Je suis perdue parce que j’ai la nette impression que l’auteur se repaît des malheurs de son héroïne et qu’il s’en amuse là où il devrait y avoir a minima de la neutralité. S’il y avait eu cette neutralité, j’aurais pensé qu’il voulait s’attaquer au fléau des viols et mettre une histoire sur ce qui a longtemps été une normalité (et qui le reste malgré nos luttes pour nous faire reconnaître en tant que victimes) pour mieux lutter contre ça mais non.

Le pire dans tout ça ? c’est que je me suis accrochée à une possible fin heureuse avec l’Angel mais même pas ! il n’y a aucune justice dans ce livre et franchement, ça m’a rappelé beaucoup trop de souvenirs difficiles par rapport au fait que quand on subit ce genre de trucs (je n’ai connu « qu’une » agression sexuelle, je m’estime chanceuse), on n’est jamais certain.e.s d’être cru.e.s et qu’on finit bien souvent par abandonner l’idée même de porter plainte parce qu’on sait très bien comment ça va finir.


C’est pour ça que je ne conseille pas la lecture de ce livre aux personnes qui ont été victimes d’actes de ce genre. Ça fait remonter beaucoup de trucs et ça n’apporte strictement rien à la réflexion à part que tous les mecs de ce bouquin sont de pures ordures. Le style peut être agréable (pour ceux qui aiment le bucolisme, je suppose) mais l’histoire est à vomir.


Prenez l’ebook si vous voulez vous faire une idée mais ne jetez pas votre argent par les fenêtres en achetant une version papier ou empruntez-la, je ne suis vraiment pas certaine que ça en vaille le coup même pour les personnes qui n’ont pas de traumas.


Et par pitié ! si vous êtes une personne qui a dans son entourage une Tess, faites exactement l’inverse de tous les personnages ! ça peut vraiment sauver des vies !


Pour conclure :

Moi les hommes (de ce livre), je les déteste. (citation de moi mais aussi une de mes futures lectures quand j’aurai mis la main sur le livre de Pauline Harmange)


« Dans les clubs d’hommes, ces fêtes étaient moins rares, tout en disparaissant peu à peu ; mais la timidité naturelle au sexe faible ou l’attitude sarcastique prises par les membres masculins de la famille avaient privé les derniers clubs de femmes (s’il en existait encore d’autres) de ce qui était leur gloire et leur fin. » (On parle ici de danses. Je vous laisse comprendre ce que c’est « leur fin ». Et ceci n’est que le deuxième chapitre de la première partie)


« Le refus, bien qu’il fût inattendu, ne découragea pas sérieusement Angel. Son expérience des femmes était suffisante pour deviner que le « non » est souvent l’avant-propos du « oui » […] » (Ceci, c’est à vomir. Un non est un non et comprendre l’inverse, ça devient du harcèlement voire du viol si c’est pendant le sexe, ça n’a aucun rapport avec de l’amour mais avec de la domination et du froissage d’ego)


PS : illustration d'E. Borough Johnson

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