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Vie prolongée d’Arthur Rimbaud – Thierry Beinstingel


A la suite d’une confusion, c’est avec la dépouille d’un inconnu qu’Isabelle Rimbaud fait le trajet de Marseille à Charleville.

Déjouant les pronostics des médecins, Arthur, lui, se remet.

Et ce sont les journaux qui lui apprennent sa mort…

Jadis poète, naguère marchand, Jean-Nicolas-Arthur Rimbaud sera-t-il capable de s’inventer un troisième destin ?

Relancé dans la tourmente de l’histoire, de l’affaire Dreyfus aux tranchées de la Première Guerre mondiale ; assistant stupéfait à l’élaboration de son propre mythe, à la construction de sa légende littéraire, celui qui écrivit « Je est un autre » avait-il imaginé à quel point cette phrase se révélerait prophétique ?


Aujourd’hui on va revoir nos cours sur la poésie ! D’ailleurs, est-ce que vous saviez que Rimbaud avait fini sa vie en commerçant en Afrique ? Perso, je croyais qu’il avait disparu de la surface de la terre après ses scandales avec Verlaine et que les poésies qu’on apprenait avaient été créées tout au long de sa vie et non sur une période beaucoup plus courte. La naïveté d’une ado qui ne supportait pas de lire les classiques obligatoires en collège/lycée et qui préférait d’autres gros pavés n’ayant aucun rapport avec les cours 💀


Mais du coup, ici, on retrouve notre Arthur sur son lit de mort à Marseille, veillé de près par sa sœur qui prie pour sa rémission. Et là ! ça n’arrive que dans les livres maintenant mais ça a bien dû arriver en vrai à certaines époques où l’identité était difficile à établir : un inconnu renversé par une voiture meurt et est pris pour lui alors que ce pauvre Arthur délire encore dans son lit. La tombe d’Arthur Rimbaud contient donc un inconnu et le poète revient à la vie grâce au sacrifice de son plus proche collaborateur, Djami.

Nouvelle naissance, nouvelle vie. Arthur devient Nicolas (le mec s’appelait Jean-Nicolas-Arthur, une association de prénom assez… bizarre, on ne va pas se mentir) et erre à travers la France jusqu’à s’établir près d’une carrière de pierre dont il reprendra la direction et fonder une famille.


J’avais été attirée par la couverture et le titre à la bibliothèque, pourquoi pas découvrir un auteur à travers une fiction, après tout, ça ne peut pas être pire qu’un cours dessus. Et bonne surprise ! j’ai adoré !

L’auteur a une écriture vraiment poétique qui cerne très bien les personnages qu’il décrit. Je ne connais pas assez l’œuvre et la vie de Rimbaud pour me faire une idée de son caractère mais ce Rimbaud-ci est très touchant dans sa manière de vivre et de voir les choses. Bon, il faut dire que je me suis arrêté sur un Arthur en jeune con qui couche avec un homme et qui lui tire dessus pour rompre du coup, c’était une découverte beaucoup plus agréable. On remarquera au passage la légère homophobie du prof qui avait fait le cours et le naturel avec lequel elle/il avait semblé croire que c’est tout à fait normal de tirer sur son ex pour elle/lui.

Je m’attendais presque à une homosexualité omniprésente (j’ai lu beaucoup trop de trucs fétichistes là-dessus pour ne pas avoir cette appréhension) mais absolument pas ! on découvre juste la vie d’un homme qui se marie sur un coup de tête avec une fille beaucoup trop jeune pour ça. Oui, je sais « à l’époque, patati, patata… » mais bon, elle est plus jeune que lui de vingt ans donc je le remarque.

Mais sinon, si vous vous intéressez à la vie culturelle de la fin des années 1890 aux années 1920 et surtout aux parutions posthumes de Rimbaud, c’est un bon point de départ. Le livre en fait un bon résumé, des potins aux dramas, on découvre un peu de la vie littéraire parisienne bien loin des soucis des Ardennes assez miséreuses puis prises dans la guerre.

Ne vous attendez pas à de l’action en ouvrant ce roman mais à de la contemplation. Rimbaud n’est plus acteur de sa vie mais le spectateur en dehors de son travail dans lequel il s’abîme. Tout ramène à son passé qui se déploie en toile d’araignée entre les évènements de sa nouvelle vie, emplie de sa poésie qui se heurte à la dureté de la vie qu’il a choisie.

Quand je dis qu’il n’y a pas d’allusion à l’homosexualité de Rimbaud, en fait, si. Il y a une scène là-dessus et aussi les souvenirs de Verlaine qui reviennent parfois mais ce sont des réminiscences d’un amour disparu, en aucun cas une fétichisation de leur relation (le traumatisme du cours là-dessus), ce qui est plus que cool.

Que vous dire de plus ? ça m’a donné envie de lire Rimbaud et Verlaine alors que j’ai horreur de la poésie en dehors de Baudelaire et Annenski (un russe, vous l’aurez deviné au nom). C’est quand même le signe que c’est un très beau roman qui donne envie d’étendre sa lecture à toutes les pistes qu’il lance (entre l’œuvre de Rimbaud, celle de sa sœur, le livre (L’autre Rimbaud je crois) qui vient de sortir sur leur frère, les études qui se sont faites à l’époque, les résumés des dramas intellos de l’époque, y a de quoi faire !). Pas vrai ?


Pour conclure :

« Mais vivre, oui : œil pour œil, dent pour dent, rendre chaque coup au sort, progresser sur chaque chemin, mètre après mètre, de la boue ardennaise à la poussière d’Aden, s’éparpiller partout, une jambe à Marseille, le cœur en Afrique, la tête aux étoiles. »

« Tous les ressuscités vous le diront : l’amour est le plus important. À l’ultime instant où le cœur s’apprête à vous lâcher définitivement, on réalise combien nous avons joué à l’économie avec lui. Toutes ces hésitations, ces atermoiements, ces tergiversations, ces balancements incessants pour en arriver là, à ces faibles battements qui vont s’éteindre, est un constat navrant. »

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