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Christopher Moore – Fool /Fou


Fool – Harper Collins (2009) 14.99$ ; Fou ! – l’œil d’or (2017) 20 € (traduction Anne-Sylvie Homassel)

Résumés :

“This is a bawdy tale. Herein you will find gratuitous shagging, murder, spanking, maiming, treason, and heretofore unexplored heights of

vulgarity and profanity, as well as nontraditional grammar, split infinitives, and the odd wank”


"Ceci est un conte grivois. Vous y trouverez de la baise sans rime ni raison, des meurtres, des fessées, des mutilations, des trahisons, des sommets jusqu’ici inexplorés de grossièreté et de vulgarité, de même que des pratiques grammaticales non traditionnelles (voire incorrectes) et une petite branlette par-ci, par-là. Aimable lecteur, si tout cela t’incommode, passe ton chemin, car nous ne cherchons qu’à distraire et non point à choquer. Cela dit, si tu penses pouvoir y trouver ton compte, eh bien ce récit te conviendra à la perfection."


Lu en version originale non sous-titrée pour mes études (j’avais détesté comme à peu près tous les livres qu’on m’a forcé à lire, pardon à tous les auteurs que j’ai insultés pendant des années sans voir au-delà des choses qu’on nous forçait à voir, mea culpa, je me pends, je me repends, etc.). Je viens de le finir à nouveau et finalement, c’est pas si mal !


J’ai volontairement tronqué les deux résumés de Harper Collins et L’Œil d’Or pour laisser un peu de suspens sur le vrai contenu du roman (ceci dit, cela résume tout à fait ce qu’il s’y passe à peu de choses près quand même, hein, faut pas pousser mémé dans les orties). Mais sinon, pour compléter, il s’agit d’une réécriture du Roi Lear de William Shakespeare avec un peu (beaucoup) de vulgarités. Pocket, le fou du roi, nous raconte sa version de l’histoire, et quelle version !


Je pense que tout le monde connaît la tragédie originelle mais un retour sur l’histoire fait toujours du bien. Alors nous voilà partis pour une Angleterre mythique (que Moore place au XII° siècle après JCVD, euh… JC, pardon !) où le vieux roi Lear songe à sa succession. Il a trois filles : Goneril, l’aînée, épouse du Duc d’Albanie ; Regan, la cadette, épouse du Duc de Cornwall ; et Cordélia, la petite dernière encore à marier. Pour les départager, leur père les interroge sur leur amour pour lui. Bien entendu, comme dans toutes les tragédies (et aussi les contes), ce sont les pires menteuses du game qui remportent la mise en se partageant le royaume et la plus honnête qui se fait virer de la maison, parce qu’après tout, c’est bien connu que la vérité fait plus de mal qu’un bon mensonge bien enrobé de sucre !🤡


Si Fool (oui, je vais utiliser le titre anglais plutôt que le français puisque je l’ai lu en VA et que je fais encore ce que je veux chez moi ou presque) reprend cette trame narrative, Christopher Moore rajoute quelques personnages parmi les serviteurs de Lear, tous plus amusants et sincères les uns que les autres. L’histoire de Pocket, le fou du roi, qui se développe par flashbacks au fur et à mesure de la véritable trame narrative, est assez mémorable dans le genre depuis sa prime enfance dans une abbaye (Dog Snogging en VA, en VF aucune idée, je l’ai pas lu) dirigée par Mère Basil qui aime à recevoir les nones chaque semaine en confession, aucune idée du pourquoi par contre 🙄, jusqu’à son arrivée au château du roi Lear avec une troupe ambulante. Bien sûr, une bonne histoire de fou ne serait pas une bonne histoire sans un retournement de situation à la fin du roman mais je vous laisse le savourer par vous-même, sinon c’est moins drôle.


Si vous avez lu le Roi Lear et que vous êtes un puriste de la langue et de l’histoire shakespearienne (honte à moi, je n’ai jamais pris le temps de le faire mais je vais finir par m’y mettre, promis sans croiser les doigts !), fuyez ! Non pas parce que l’histoire est détruite par un Américain qui a juste décidé de tout casser dans l’histoire mais parce que le résumé résumé que je vous ai mis en haut résume assez bien l’atmosphère linguistique (quel grand mot pour parler du niveau de langue !) du roman et que c’est assez choquant de lire des « Tossers, fuckstockings » et autres « bollocks » dans une tragédie qui tourne finalement à une bonne comédie de mœurs grâce à l’énergie que met Pocket à mettre dans son lit à peu près toutes les femmes qu’il croise (avec plus ou moins de succès, bien sûr).

Je n’ai jamais été fan des pièces de théâtre (merci le collège et lycée de nous faire bouffer du Molière chaque année avec un soupçon de Corneille et Racine 😒) mais cette adaptation m’a fait beaucoup rire et (un petit peu) monter les larmes aux yeux à certains moments. Il y a eu aussi des moments où je me retenais de hurler bien haut à un personnage : « Mais fais pas cette c***, idiot ! » parce que le langage du roman a forcément déteint sur moi, hein (pas du tout parce que je laisse parfois, euh… souvent, échapper quelques petites grossièretés par-ci par-là🙃).

Tout en étant drôle, on sent toutefois bien la trame tragique sous-jacente avec la reprise de répliques du Roi Lear et de quelques autres pièces du grand maître londonien (j’ai reconnu Hamlet à coup sûr mais il y en a d’autres il me semble) mais aussi par quelques évènements propres à la vie de Pocket qui, s’ils sont décrits avec beaucoup d’humour tombant parfois dans le cynisme, restent profondément ancrés dans la tragédie du XVII°.

Les histoires sexuelles des uns et des autres sont toutes plus absurdes les unes que les autres et font beaucoup rire, apportant beaucoup de légèreté au tout, même si elles servent toutes la narration. Et pas de panique ! il n’y a pas de descriptions scabreuses à ce propos pour ceux qui n’en veulent pas ou qui le craignaient avec le résumé offert par les deux maisons d’édition.


Les situations scabreuses succèdent aux quiproquos, rendant plus savoureuses encore les relations des personnages avec Pocket entre amour et haine, respect et irrévérence. Chacun en prend pour son grade, même ce pauvre Pocket qui se retrouve bien souvent dans la position de l’arroseur arrosé. Car même s’il a un filtre en la personne de son bâton de fou nommé Jester (bouffon en anglais, on ne va pas chercher trop loin) à qui il prête sa voix pour dire ce qu’il pense lorsque c’est trop risqué, bien peu se laissent abuser par ce stratagème.


Au final, Fool m’a donné envie de lire la version originelle de ce roman alors que je partais vraiment à reculons au départ. Bon, je sens que je vais être déçue par le rôle de Pocket qui sera beaucoup plus réduit que dans Fool (et qui ne doit même pas avoir de nom !) et le manque de grossièretés mais je pourrais bien être surprise par mes a priori totalement nuls.


Pour ceux qui se posent la question de la VA ou de la VF (chanceux !), je vous dirais que ça dépend vraiment de votre niveau d’anglais (cette blague !). Je m’explique : il y a énormément de grossièretés donc c’est top pour insulter des gens mais la langue est détournée et surtout très actuelle alors la lecture peut être assez compliquée le temps que vous vous adaptiez. J’ai de la chance de pouvoir lire facilement des romans en anglais et j’ai pourtant un tout petit peu galéré à rentrer dans celui-là parce que le style de l’auteur est assez particulier pour des étrangers, non pas que ça ne lui réussisse pas ! Mais si vous voulez vous lancer quand même, le vocabulaire qui vous bloque s’explique de lui-même par le contexte assez facilement.


Surtout, ne jamais abandonner parce qu’on trouve ça trop dur ! Enfin bon, au pire, vous avez la VF, alors commencez par elle pour voir si ça vous plaît pour éventuellement tenter la VA pour découvrir plus tard le véritable style de l’auteur qu’une traduction ne rend jamais totalement.

Pour conclure :

“There’s always a bloody ghost!”

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