• Elinwë

D.H. Lawrence – L’Amant de Lady Chatterley


Librairie Gallimard (1932), traduction Roger Cornaz, 600 F (je plaisante, je vais vous trouver une édition plus récente que la mienne !) 5,60 € en Poche, traduction de Pierre Nordon

« Époque essentiellement tragique que la nôtre », écrit Lawrence. À la vieille Angleterre aristocratique et rurale déjà meurtrie par l'industrialisation, la Première Guerre mondiale a infligé de profondes blessures. Les protagonistes de ce récit en sont marqués dans leur esprit, dans leur chair, et la déchirure se prolonge dans leur aventure intime.


L'Amant de Lady Chatterley est ainsi, pour le romancier, l'occasion de réaffirmer sa conception de l'amour physique comme moyen de retrouver le contact avec les forces instinctives et naturelles de la vie. Censuré pendant trente ans en Angleterre et aux États-Unis en raison de ses audaces de forme, le récit devait longtemps connaître un succès de scandale. Le lyrisme poétique de l'écrivain y trouve pourtant son ultime expression, un lyrisme provocant, véhément, parfois désespéré, à l'avant-garde de la croisade moderne contre l'intellectualisme.


Comment vous dire que je m’attendais à une répétition de l’histoire d’Emma Bovary en version plus bucolique parce que campagne anglaise oblige ? Au final, ça y ressemble de loin mais ouf ! la fin est un tout petit peu mieux !


Comment ça, j’ai un traumatisme avec Bovary ? ça se voit tant que ça que ce bouquin m’a donné envie de le jeter aux flammes pour cramer symboliquement une femme insupportable ?

Enfin, notre lady est un peu mieux niveau caractère et surtout elle se bouge plus. Bon, elle met le temps mais elle se bouge au moins !


Alors pour les petits coquins qui s’attendent à du sexe à tire-larigot parce que le roman a été censuré pendant des années en Angleterre et aux États-Unis, c’est un peu manqué ! (il y en a et c’est beaucoup mieux écrit que 50 nuances mais ça se concentre beaucoup plus sur les émotions des deux amants que sur l’action elle-même). Alors oui, dans la VA il y a le mot « f***ck » qui revient souvent (traduit par « fourrer » la plupart du temps dans mon édition, et pas « baiser ») mais bon, quand on voit comment le langage a évolué de part et d’autre de la Manche, c’est quand même très bon enfant maintenant !


Pour un petit résumé plus complet, Constance est une jeune femme qui épouse Lord Clifford Chatterley très jeune. Ce dernier est handicapé et un petit peu dépendant de sa femme pour se sentir exister et important dans son manoir de campagne au cœur des mines qui ne rapportent plus tant que cela depuis la fin de la guerre. Le garde-champêtre va chambouler la vie de Constance qui se met à rêver mieux qu’une vie fantomatique auprès d’un mari vampirique.

L’histoire m’a beaucoup plu même s’il y a quelques défauts dans la narration et que la fin m’a un peu laissée sur ma faim. Les relations qui se nouent, qu’elles soient amicales, amoureuses ou haineuses, sont bien développées, l’auteur prend le temps qu’il faut pour ça sans s’appesantir sur de trop longues descriptions, ce qui est très appréciable.


Bon, après, c’est un homme qui s’intéresse aux émotions d’une femme alors forcément, ça larmoie, tout ça, tout ça. Mais c’est toujours mieux que Flaubert ! Mais je ne me retrouve absolument pas dans ce genre de personnage alors que je passe mon temps à pester contre tout et n’importe quoi. Si vous n’êtes pas patient.e.s comme moi, je vous déconseille de tenter la lecture parce que les « je t’aime, moi non plus » ou autres « je t’aime mais je peux pas laisser mon mari tout seul » sont assez récurrents et éprouvants pour les petits nerfs des plus impatient.e.s.


Je ne sais pas si c’est une lecture conseillée dès le lycée mais franchement, j’attendrais d’être un peu plus âgée et mature pour le lire parce que même si les termes (assez crus par moments) sont accessibles à tous, certains thèmes abordés comme la vie conjugale et la charge mentale sont assez complexes à appréhender quand on a quinze-seize ans et qu’on n'a jamais eu d’autres exemples que ses parents/sa famille/les parents de ses amis. Quand je parle de charge mentale, il s’agit pas ici du fait que Constance s’occupe de son mari handicapé mais plutôt du fait qu’elle soit à son service en permanence, obligée de subir des séances de lectures, écritures et rencontres avec ses amis à lui quand on se rend bien compte qu’elle voudrait faire autre chose même si elle n’ose pas s’affranchir des demandes presque impérieuses de Clifford.

« Il faut qu'une femme vive sa vie, ou bien le jour viendra où elle se repentira de ne pas l'avoir vécue. » est une citation qui résume bien le roman dans son ensemble où on voit Constance lutter pour s’approprier sa vie et s’émanciper d’une vie conjugale qui ne lui apporte rien d’autre qu’un ennui mortel. C’est aussi ce que ne comprend pas Clifford qui s’accroche à elle pour vivre et qui entreprend des projets, comme écrire des nouvelles, sans jamais aller au bout. Et qui à la fin du roman… bis repetita !

Pour conclure :

« La santé de l'esprit a sa racine dans les couilles. » (quoi ? j’ai bien dit qu’il y avait des termes crus ! 😁)

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