La Pierre de vie – Edith Pargeter (alias Ellis Peters)

L’Arbre du Paradis, tome 1 – 10-18 ; Traduit de l’anglais par Annick Le Goyat.

Accusé à tort d'avoir chassé une biche dans une forêt domaniale, le jeune Harry Talvace, fils cadet d’un chevalier anglais, se réfugie en France. À Paris, il se distingue par ses dons de tailleur de pierre et de sculpteur. Le riche seigneur Isambard lui offre alors de bâtir une église sur ses terres galloises : le maçon aura toute latitude, mais sera en contrepartie assigné au domaine, jusqu'à ce que sa tâche soit achevée. Et s'il trahit son maître, on lui arrachera le cœur. Ce pacte scellera le destin de Harry, héros idéaliste, soutenu par deux femmes aussi courageuses qu'indomptables, dans l’Angleterre féodale du XIIIe siècle où les êtres asservis sont le jouet des puissants...


Premier volet d’une majestueuse saga d'amour et d'aventures, La Pierre de vie préfigure Le Nom de la rose d'Umberto Eco et Les Piliers de la Terre de Ken Follett, restituant le Moyen Âge dans toute sa splendeur et sa cruauté.



Alors avant de commencer la lecture, le nom d’Ellis Peters me disait quelque chose, et après recherche, ça se confirme, j’avais bien lu un ou deux Cadfael il y a quelques années. Bon, j’ignorais qu’Ellis Peters était le pseudonyme de l’autrice Edith Pargeter mais ça ne change pas grand-chose au fait que je la déteste à peu près autant que je l’adore maintenant que je viens d’achever le deuxième tome sur les trois. Tout de suite, les explications !

Vous ai-je déjà dit que je suis une pigeonne des couvertures ? j’ai pris le bouquin uniquement parce qu’il y avait une écriture gothique sur la tranche et le résumé m’a tenté ensuite. Après, ça n’a pas été une mauvaise chose vu que j’ai adoré de bout en bout malgré de nombreuses pauses pour me remettre.

Je vous préviens d’emblée, l’histoire est hyper prenante mais aussi hyper choquante et violente dans le genre très insidieux qui fout la boule au ventre et qui te fait pleurer dès qu’il arrive quelque chose de tragique (on ne va pas se leurrer, on pleure plus qu’on ne rit dans le premier tome et ça ne va pas en s’améliorant).

Ici, je ne me suis pas arrêtée parce que l’histoire était nulle ou que le style était horrible, bien au contraire. Comme disait une femme sur Twitter, il y a des livres où c’est tellement trop qu’on est obligé de s’arrêter pour reprendre son souffle et se souvenir que ce n’est qu’une histoire. C’est bien le cas ici où la fiction rejoint la légende pour former une fresque familiale où intrigues personnelles rejoignent les intrigues politiques à grande échelle.


Mais enfin, on suit ici les aventures de Henry (Harry pour les intimes) Talvace, un jeune nobliau qui abandonne tout pour sauver la main de son frère de lait, un serf de son père (l’histoire commence en 1 200). S’ensuivent pas mal d’aventures à Paris puis les deux compères se fixent au fief de Parfois à la frontière du Pays de Galles, employés par Ralf Isambard, seigneur des lieux, pour lui bâtir une église. Le Pays de Galles et l’Angleterre se mettant régulièrement sur la tronche à ce temps-là, ce n’était pas gagné mais… vous découvrirez plus de l’histoire en la lisant, nan mais !

Ce premier tome a été un gros choc dans tous les sens du terme. Si j’ai lu pas mal de livres historiques sur le Moyen-Âge, beaucoup se concentraient uniquement sur les chevaliers ou la noblesse, pas sur le bas peuple comme le fait l’autrice ici. Et ce n’était pas réjouissant du tout, du tout ! Les châtiments corporels dont on entend toujours parler (coups de fouet, bastonnades, membres coupés…) prennent un tout autre sens ici, les rendant plus que palpables. La révolte de Harry contre son père au début du roman parce qu’Adam, son frère de lait, est condamné à avoir la main coupée pour avoir abattu une biche sur un domaine royal est presque anachronique pour l’époque et j’avais au départ l’impression qu’à travers lui, c’était plus le lecteur qui s’indignait. Impression qui s’est avérée fausse au final, Harry est simplement un noble droit dans ses bottes qui considère les hommes comme son égal, peu importe leur origine.

Ce livre m’a fait autant de bien que de mal, il faut dire. Du bien parce que l’histoire est magistrale de bout en bout, les personnages sont hyper attachants (un peu trop pour mon pauvre petit cœur qui va être super triste de les quitter à la fin de la trilogie, c’est sûr), les descriptions sublimes. Du mal parce que la plume est atrocement géniale. J’ai ressenti de la joie, de la peine, de la douleur en même temps que les personnages et c’est justement ça qui a été atroce à la fin du roman (sans vous spoiler ce qu’il s’y passe). L’autrice nous fait tellement vivre les impressions des personnages qu’on souffre avec eux et j’ai pleuré plus d’une fois à cause d’elle et je lui en veux terriblement pour ça (j’aime bien, à la longue, vous allez finir par croire que je pleure pour absolument tout et n’importe quoi alors que ce n’est absolument pas vrai).

Bon, je ne m’étends pas plus là-dessus sinon je vais encore me sentir frustrée par le destin qu’elle a tracé. Du coup, intéressons-nous plutôt aux guerres anglo-galloises !


Ça a été hyper intéressant de découvrir cette partie de l’histoire anglaise au cours du roman, Edith Pargeter étant spécialiste de l’époque, j’ai assez confiance dans la chronologie même si le domaine de Parfois et les personnages qui s’y rapportent son inventés. Le jeu du chat et de la souris entre Jean III d’Angleterre et Llewelyn de Gwynedd et les répercussions sur les vassaux de chacun sont si vivaces qu’on pourrait se prendre pour une petite souris dans les poches des messagers des uns et des autres à l’affût des potins de l’époque.

Ceci dit, n’étant absolument pas une spécialiste de la géographie locale et encore moins de la prononciation galloise (bon courage pour décrypter les noms des gallois et de leurs villes !), ça a été assez dure de savoir quel village était où sans carte. Ce qui ne dérange absolument pas la lecture, soit dit en passant, c’est juste que c’est souvent plus simple de s’imaginer les évènements quand on sait où ça se passe (quand il s’agit d’histoire surtout, je n’ai pas ce besoin compulsif d’avoir une carte pour profiter d’un bon roman dans un lieu imaginaire).


Je ne sais pas si cette trilogie peut plaire à tout le monde, l’histoire est quand même assez dure et pas mal déprimante dès le départ, mais il faut essayer avant de dire qu’on n’aime pas, pas vrai ?


Pour conclure :

« L'honneur consistait quelquefois à s'abaisser, et la foi à rompre sa parole. »

« Je n'ai pas choisi de vous aimer. Seule une folle le pourrait. Même vous n'y pouvait rien changer. Vous pouvez me rejeter, mais non pas me dénier le droit de vous aimer. Je vous aimerai aussi longtemps que je respirerai, que vous le vouliez ou non, que je le veuille ou non. »

La meilleure citation du roman spoile totalement le début de la fin alors je ne vous la mets pas même si j’aurais adoré vous la partager !


Pour la photo : https://pxhere.com/fr/photo/75324

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