Gilles de Rais – Matei Cazacu


Un peu d’histoire de France aujourd’hui ! et pas des moindres !

Je resitue rapidement pour ceux qui ne connaissent pas Gilles de Rais. Ce mec était maréchal de France et le compagnon de Jeanne d’Arc (Jeanne ! au secours !) lors de la prise d’Orléans. Avant de devenir notre premier serial killer, violeurs d’enfants aux méthodes assez atroces (pour ceux que ça hérisse ou pire, je vais éviter de m’étendre dessus !). Mais comment ça se fait-y donc qu’un héros national tombe aussi bas ?


Réponse dans ce livre très complet (un peu trop quand on connaît très mal l’histoire de la Guerre de Cent ans) ! Bon, je vous spoile un peu le tout mais en fait, comme il a passé son temps à la guerre avant de commencer les meurtres d’enfants avec rituels sataniques, il se « défoulait » comme ça. J’ai oublié de vous dire que c’était un routier ? vous savez, les « grands » guerriers de l’époque qui se louaient plus ou moins au plus offrant en échange de pillages et autres. Du coup, c’était pas vraiment un saint déjà ado (qui enlève sa cousine au quatrième degré pour l’épouser à 15 ans, hein ?) et ça s’est pas amélioré avec le temps.

Le pire dans tout ça ? Si le sieur de Rais n’avait pas osé frapper et enlever un prêtre en pleine messe pour une histoire de fric, personne n’aurait jamais découvert ces meurtres et tout le réseau qu’il avait installé pour se faire fournir en jeunes garçons et jeunes filles. Heureusement que l’inquisition a été vexée de son coup d’éclat pour les familles, dis donc ! Ou pas, vu qu’elle voulait juste l’excommunier pour pratiques sataniques, elle se fichait des enfants comme d’une guigne. Et le tribunal laïc n’a pas été mieux, il n’a retenu le meurtre que de cinq enfants sur les centaines probables (on peut remercier les super enquêteurs qui n’ont pas poussé très loin leur investigations et l’absence de détecteur de sang !). Qui a dit que le Moyen-Âge était génial en termes de justice ?

Pour le coup, j’ai appris pas mal de choses sur la vie de Gilles de Rais (sans blague ! tu as lu sa bio quand même !) et sur le contexte de la Bretagne de l’époque (quel bazar ! une chatte n’y retrouverait pas ses petits !). J’ai même appris à parler vieux françois ! pardon, français ! Oui, parce que tous les extraits de cette époque ne sont pas retranscrits en français moderne. Sachant qu’au départ, c’est un travail scientifique (sûrement une thèse vu le format utilisé) roumain, j’ai rigolé à l’idée que les roumains qui le lisent en VO doivent absolument rien piger de tout ça. Bon, j’ai abandonné l’annexe entièrement en vieux français qui publie pour la première fois (à l’époque de la parution) les réclamations de la famille de Rais après la mort de ce sacré Gillou pour récupérer ses terres et son fric (qui avait disparu depuis belle lurette dans les guerres de Charles VII). Je sais, ce n’est pas bien de ne pas lire un livre jusqu’au bout mais ça ne m’intéressait pas tant que ça par rapport au livre en lui-même, surtout qu’on sait que ces réclamations n’ont absolument rien donné alors autant ne pas se fatiguer à les lire, non ?


Certes, on apprend pas mal de choses (bel euphémisme pour moi !), mais c’est un peu too much par moment.

Je m’attendais à une biographie uniquement sur Gilles de Rais et j’ai eu affaire à une explication du contexte qui remonte à ses arrière-grands-parents (les histoires de familles sont hyper labyrinthiques, merci les mariages inter-nobles !) et qui m’a perdue très vite avec l’éclatement des familles et des possessions sur tout le territoire de notre France actuelle.

Pareil, le glissement entre Gilles de Rais et le personnage de Barbe-Bleue est hyper intéressant mais j’ai franchement eu du mal à voir le rapport au début (surtout quand on nous raconte la vie de Charles Perrault qui n’est pas forcément en rapport avec cette histoire qu’il a un peu beaucoup piquée au folklore européen).


Par contre, là où j’ai été déçue, c’est au niveau des erreurs de dates (possiblement faites pendant la traduction, je n’en sais rien pour le coup). Pour un travail scientifique, c’est un peu ballot de voir ce genre de boulettes : « La date de sa naissance est encore moins sûre que celle de son frère : les historiens hésitent entre 1407 et 1414. La deuxième date est cependant la plus plausible, car c’est le 25 janvier 1434 que René reçoit de son frère sa part d’héritage, donc à l’âge de la majorité – vingt ans. Si l’on suppose que son prénom, inexistant lui aussi dans les trois lignages, est lié à la saint René, alors il est né ou a été baptisé vers le 12 novembre 1433. » Vous voyez le bug aussi ? Pareil, le pape de 1305 à 1314, c’est Clément V et non Clément VI, la base à savoir quand on s’intéresse de près à la chute des Templiers. Je sais, je chipote, mais quand même, ça me gêne un peu de lire ce genre d’erreurs dans un livre édité qui a donc été relu et corrigé, surtout qu’il s’agit d’une traduction.

Du reste, en parlant de traduction (j’aurais bien aimé avoir les passages en vieux français en français moderne, mais bon, ça reste plus ou moins compréhensible dans son ensemble !), il y a un moment où j’ai rigolé devant l’absurdité d’une phrase alors que c’était un évènement pas très drôle. Je vous laisse en profiter : « Mais le démon refusa d’apparaître à Gilles de Rais, qui battit à mort le pauvre Prelati, obligé de s’aliter pour un temps à la suite de cette mémorable raclée. » Ce mec est Jésus en fait ! il a été battu à mort mais il a juste dormi et ça allait mieux ! (pardon, je ne pouvais pas résister à la blague vu le contexte satanique autour de la phrase !)


Si vous êtes passionné(e) par l’histoire de France et la Pucelle, ce livre est absolument fait pour vous (non, il va juste vous détruire le mythe de la vierge combattant auprès d’hommes d’honneur (sic)). Mais si le format universitaire et le vieux français ne vous font pas peur, je suis à peu près sûre que ce livre peut vous intéresser. Il fourmille de détails et une fois qu’on a les noms en tête (heureusement, les nobles n’étaient pas si nombreux que ça même s’ils passaient leur temps à se foutre les uns sur les autres ou à comploter ensemble contre un autre), ça devient une lecture passionnante qui offre un panorama de la vie de Gilles de Rais et des conséquences de son procès et de son exécution jusqu’à l’entrée dans la légende. Je pense aussi que c’est un très bon moyen de faire voler en éclats les mythes entourant le Moyen-Âge (amour courtois, chevaliers au service des autres et j’en passe) et la période de la Pucelle. Au passage, ce n’est pas les anglais qui l’ont prise, c’est un bon français qui l’a ensuite vendue à nos chers voisins (et le tribunal n’était pas si anglais que ça non plus, mais chut, ça se fait pas de dire qu’à l’époque on se trahissait entre « français » !).

Quand on y réfléchit deux secondes, l’éclairage sur le glissement de la figure du maréchal de France serial killer à celle de Barbe-Bleue est une sacrée analogie à la réécriture de l’histoire de France qu’on a connue et qu’on connaît même encore maintenant.

Bref, filez le prendre en bibliothèque ou l’acheter pour vous plonger dans l’histoire de sieur Gilles de Rais si vous n’avez pas peur des rites sataniques !


Pour conclure :

« On se demande néanmoins quelle valeur pouvait avoir le serment prêté sur les Évangiles par un excommunié d’une part, et d’autre part s’il n’était pas plus logique de lever d’abord la censure ecclésiastique et de faire ensuite jurer l’accusé. » (Alors déjà, qui fait confiance à un homme qui jure sur sa vie ? et ensuite, on se demande bien qui était à la tête de l’Église à l’époque pour ne pas penser à faire les choses dans l’ordre. Ah oui, des hommes… Pas tapé, s’il vous plaît !)


Illustration : Gilles de Laval, sire de Rais, compagnon de Jeanne d'Arc, Maréchal de France (1404-1440) -Eloi Firmin Féron

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