Les compagnons du coquelicot – Henri Troyat


La Lumière des justes, tome 1 – J’ai Lu 1959 (au cas où, j’ai lu avec cette couverture et j’en ai fait des cauchemars derrière, on ne se demande pas pourquoi !) (les couvertures plus récentes sont plus cools, je vous rassure tout de suite !)


Par une tiède matinée du mois de mars 1814, le jeune lieutenant russe Nicolas Ozareff pénètre dans Paris avec les troupes coalisées qui vont occuper la capitale. Il ne tarde pas à s’éprendre d’une jeune veuve, belle, secrète, volontaire et hautaine, Sophie de Champlitte. Tout, semble-t-il, devrait séparer l’officier dévoué au tsar Alexandre de la fière aristocrate française qui a subi l’empreinte de la Révolution au point de conspirer contre Louis XVIII. Le retour de Napoléon éloigne Nicolas avant qu’il ait pu obtenir le moindre mot d’espoir. Après Waterloo, il se retrouve soudain à Paris et court à la recherche de Sophie. Qu’est-elle devenue durant cette longue séparation ?



Comme c’est la Saint-Valentin et que je suis une célibataire contente de l’être, je vous parle de ce début de fresque historico-romantique qu’il faudra que je finisse un jour. C’est-à-dire quand j’aurais sorti mes livres des cartons, ce qui va prendre du temps vu l’avancement des travaux. Du coup, j’aurai tout oublié et je devrai à nouveau affronter cette couverture de l’enfer (oscour !!!) en plus de faire face aux autres qui sont du même acabit. Mais, genre, qui s’est dit que c’était une jolie couverture un jour ? parce que ma mère les avait achetés uniquement parce qu’elle aimait bien Troyat, sinon elle aurait fui direct comme moi qui ai mis vraiment beaucoup, beaucoup de temps à me décider à sauter le pas de la couverture. Et oui, je vous ai mis l’horreur en illustration rien que pour vous faire peur aussi (surtout si vous êtes en train de vivre votre meilleur Saint-Valentin en ce moment, c’est cadeau !).


Un joli début de fresque historique entre France et Russie où les opinions s’affrontent beaucoup plus que les soldats. Si la période napoléonienne est esquissée, on a plus ici affaire à une histoire d’amour compliquée par les visions russes et françaises qui s’entrechoquent qu’à un roman purement historique voulant retracer les pas de Napoléon et Alexandre I de Russie.

Si vous avez lu Guerre et Paix de Tolstoï (Léon de son petit nom), vous ne serez pas dépaysés par l’atmosphère salon (dans le sens réunions de la noblesse) qui se dégage d’une grande partie du roman. Et heureusement, si vous aviez été perdus par tous les noms (dont certains ressemblent étrangement à des personnages historiques présents ici : Volkonski, Bolgonski par ex.), ici il y en a très peu en dehors des personnages agissant sur le destin de notre Nicolas (pas Sarko, je vous rassure !).


Du côté des personnages, nous avons donc d’un côté, Nicolas Ozareff, jeune russe de vingt ans totalement dévoué au tsar et à l’armée qui ne penserait même pas à discuter les ordres, de l’autre, Sophie de Champlitte, veuve dont le mari décédé était épris de l’esprit des révolutionnaires et des encyclopédistes et qui a repris ses idées.

Nicolas arrive à Paris dans l’idée de découvrir le pays dont il parle parfaitement la langue (les nobles de cette époque apprenaient d’abord le français puis le russe très souvent, Pouchkine commence à écrire en russe à cette époque et lui donne ses lettres de noblesse dans les années 1820). Et v’là-t-y pas qu’il tombe dans les bras d’une noble qui s’ennuie de son vieux mari qui s’amuse aux dépens de ses amants. Et puis après, c’est l’amour fou avec la fille veuve du couple qui l’héberge sous la contrainte des forces d’occupation.

Sophie est une machine à penser sur pattes selon l’une de ses « amies ». Dans la réalité, c’est une jeune femme de vingt-deux ans (Brigitte Macron avant l’heure pour son époque, vous vous rendez pas compte !) aux idéaux bien arrêtés en ce qui concerne l’avenir de son pays. Elle est révolutionnaire pour son temps car assez indépendante d’esprit mais reste quand même dans l’air du temps en vivant chez papa maman. Bon, je plaisante, elle pouvait pas bien faire autrement à l’époque (et puis qui peut se passer de la cuisine des domestiques même si ses parents sont des vieux réacs ?) mais ce qui m’a fait rigoler pour le coup, c’est qu’elle réclame le pouvoir à la population et pas aux rois mais qu’elle ne compte pas là-dedans les femmes.


Pour les romantiques, je pense que vous allez être assez déçus vu que cette histoire d’amour est principalement là pour confronter deux cultures très différentes à travers un couple qui s’aime sans pouvoir apprécier tout ce qui fait la culture de l’autre. Les ruptures et retrouvailles sont assez amusantes et convenues (bon, je n’ai absolument pas compris certaines décisions de Sophie concernant certains trucs mais je ne vais pas vous spolier là-dessus) mais rien de bien affriolant pour celles et ceux qui veulent des intrigues amoureuses plus poussées (Nicolas est une girouette magnifique du reste, j’admire son caractère de bon vivant pour ça !).

Petit point négatif, la traduction des noms russes : les « ff » à la place des « v » me dérangent beaucoup même si ça se faisait au XIX° (ça se voit du reste beaucoup dans les traductions françaises de livres russes datant de cette époque). Quand on a l’habitude de la nouvelle retranscription, ça pique un peu les yeux !

Mais pas autant que la couverture de mon édition ! Parce que j’ai rien contre la peinture, mais cette illustration fait particulièrement peur et n’attire pas du tout. D’habitude, je ne suis pas forcément arrêtée par les couvertures « mauvaises » (même si je suis une grosse pigeonne qui se laisse un peu trop souvent attirer par des couvertures super belles pour des lectures qui ne sont pas forcément), mais alors là ! ça m’a fait un effet répulsif direct ! Bon, après, ma mère (encore elle !) m’a convaincue de tenter alors j’ai fait ma fille obéissante sans le regretter cette fois encore.

Henri Troyat faisait partie de l’Académie française mais était de famille russe blanche (de son vrai nom, Lev Aslanovitch Tarassov, le fils d’Aslan, c’est cool, hein ?) alors il connaît particulièrement bien l’histoire de la Russie même s’il l’adapte forcément pour ses romans. Du coup, si vous cherchez une porte d’entrée vers la littérature russe (bon, c’est français mais écrit par un russe d’origine qui a beaucoup écrit sur son pays), je pense que c’est un bon auteur pour ça pour la vie de la petite et grande noblesse, beaucoup plus que Tolstoï qui est un « monument » de la littérature russe mais qui est beaucoup plus illisible (merci le mec qui écrivait sans se relire ou presque, ce qui donne des phrases à rallonge) ou d’autres auteurs comme Pouchkine, Lermontov, Gogol ou encore Tourguéniev.

Si vous aimez bien la période du début du XIX° en France, je pense que ça peut vous plaire par son atmosphère qui reflète bien la vie de la noblesse russe et française de l’époque sans la lourdeur des répétitions de Tolstoï (le trauma du perso qui passe son temps à prendre les mains des gens pour tirer leur bras vers le bas en leur parlant ou je sais plus quoi de bizarre !).


Pour conclure :

« La voix d’Hippolyte Roznikoff le tira de sa rêverie :

-Qu’est-ce que tu penses de Paris ?

-C’est une ville magnifique ! dit Nicolas.

-Oui, bien sûr, si tu regardes les places, les avenues ; mais il y a tant de petites rues tortueuses, tant de maisons sales et vétustes, tant de coins et recoins ! Moi, je préfère Saint-Pétersbourg. Là, au moins on trouve de l’ordre, de la solidité, de la géométrie. Les monuments sont tout neufs. Les perspectives se coupent à angle droits…

-A Moscou, les perspectives ne se coupaient pas à angles droits et, pourtant, quel charme dans ce chaos ! soupira Nicolas. Qu’en reste-t-il maintenant ?

-Il paraît qu’ils auront bientôt tout reconstruit.

-Ils ne feront pas mieux que ce qu’il y avait ! »


Tableau : Alexandre I° de Russie par George Dawe

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