• Elinwë

Calendrier de l'Avent 2020 jour 2

Jane Austen

« Elle est tolérable, mais pas assez pour me tenter. Et je ne suis pas d'humeur pour le moment à donner de l'importance aux jeunes filles qui attirent l'attention des autres hommes. Vous feriez mieux de retourner à votre cavalière et de profiter de ses sourires, car, avec moi, vous perdez votre temps. »

Oui, je commence aujourd’hui par une citation ! mais en même temps, qui n’a jamais été en colère contre Darcy à chaque fois qu’il ou elle a lu/vu Orgueil et Préjugés et le déroulement de la première soirée de Darcy ?

Aujourd’hui, je parle histoires d’amour et moqueries alors si vous n’aimez ni l’un ni l’autre, je vais essayer de vous convaincre que Jane Austen est une écrivaine à lire quand on déprime. D’ailleurs, puisqu’il commence à faire gris, moche et froid, au lieu de regarder les films de Noël bien niais à la télé, essayez donc de regarder les adaptations de ses romans par la BBC, c’est absolument génial de se faire une après-midi chocolat chaud, guimauves et plaid devant. Ça marche aussi avec la version de 2005 mais uniquement parce que Matthew Macfadyen joue Darcy (je n’aime pas particulièrement le jeu de Keira Knightley dans ce film mais promis, je l’aime bien en général). Et si vous voulez de l’action, je vous propose Orgueil et Préjugés et Préjugés et Zombies, j’ai vu le film avec Matt Smith (un de mes Docteur favoris avec David Tennant) et Lena Headay (Cersei Lannister) qui est particulièrement jouissif.

Mais il n’y a pas qu’Orgueil et Préjugés dans la vie ! Austen a écrit cinq autres romans qui parlent tous de mariages romantiques, d’amours passionnés contrariés par les exigences de la société et aussi de grandes aventures. Parce que oui, même si on a l’impression de nos jours qu’il ne se passe rien, dans L’Abbaye de Northanger, Catherine Morland en vit beaucoup… dans sa tête.

Ce qui est génial avec Austen, c’est qu’il n’y a pas que l’amour, il y a aussi une révolte pleine d’humour contre la société anglaise huppée : Il faut se marier ? eh bien soit ! marions-nous mais alors faisons un mariage inégal niveau fortune ! Il faut se montrer à Bath ? eh bien allons-y mais soyons le plus visible et ridicule possible !

Ce qui est dommage avec cette autrice, c’est que je n’ai jamais réellement trouvé de traduction qui rende totalement son impertinence. Rien que la première phrase d’Orgueil et Préjugés a été traduite des dizaines de fois en français mais aucune traduction ne traduit justement l’ironie d’Austen qui se moque des Madame Bennett qui veulent absolument voir leurs filles faire un bon mariage quitte à se passer d’amour. Après, les traductions font leur boulot dans le suivi de l’histoire alors on ne va pas trop se plaindre mais je trouve ça dommage qu’une grosse partie de son style passe à la trappe parce qu’on a du mal à traduire l’esprit anglais (un peu comme le « Spoilers » de River Song dans Doctor Who pour ceux qui connaissent et qui est rendu par un « C’est pas l’heure » bateau en français parce que ça sonne quasiment identique).

Du coup, pour ceux qui veulent tenter l’aventure en anglais, je ne peux que vous le conseiller. Et si vous avez peur de la lecture en VO, passez par les adaptations BBC qui sont très fidèles aux différents textes.

Vous l’aurez compris, Orgueil et Préjugés est mon roman favori d’Austen (comme beaucoup vu que c’est le plus adapté au cinéma et à la télé et qu’on passe souvent par cette case pour revenir au livre) mais tous les autres valent le détour.

Sense and Sensibility (je donne le titre anglais parce qu’il y a eu beaucoup de titres différents en français selon les éditions et les traductions) est son tout premier roman édité. On y suit les péripéties des filles Dashwood et de leur mère qui sont privées de l’héritage du père à son décès (la vie des femmes à l’époque, c’est nul) et qui sont chassées par leur demi-frère qui hérite de tout parce que sa femme ne les aime pas plus (le mec est manipulé, un truc de fou). Elles sont heureusement accueillies par un parent très généreux qui leur loue un petit cottage en échange d’un peu de société. Quand je l’aurai à nouveau relu, j’en ferai sans doute un post en particulier parce que j’aime beaucoup comment Austen tourne en dérision le romantisme qui bat son plein et mettant son personnage romantique par excellence dans des mouises sociétales pas possibles. Sachez cependant que tout est bien qui finit bien à la fin, romantisme oblige.

Emma (pas de problème de traduction de titre, vous vous en doutez bien !) raconte l’histoire d’Emma Woodhouse qui veut absolument servir d’entremetteuse à tout le voisinage sans forcément tenir compte des attentes des uns et des autres ni voir l’amour qui l’attend patiemment depuis des années. J’ai commencé par l’adaptation BBC puis j’ai vu le film Emma, l’entremetteuse (le rajout en français n’était pas obligé mais bon, apparemment il fallait appâter le client en 1996) avec Gwyneth Paltrow et Jeremy Northam que j’aime énormément avant de m’intéresser au roman en lui-même. J’avoue que j’ai beaucoup ri au personnage d’Emma qui m’a rappelé des souvenirs de lycée où il y a toujours une fille ou un gars pour vouloir caser tout le monde avec tout le monde et à celui de Mr Knightley qui reste le grand incompris d’Emma alors qu’on voit dès le début ce qui se passe de son côté.

L’Abbaye de Norhanger est parfait pour les lecteurs en mal de frissons (pas forcément romantiques) avec une parodie d’histoire gothique où l’héroïne ne peut que faire rire comme les situations ubuesques qu’elle s’invente. La vie mondaine à Bath vaut aussi le détour mais ce qui est le plus intéressant, c’est sans doute le fait qu’Austen se moque des romans qui influencent en mal l’imagination des jeunes filles au regard des hommes. Si on creuse un peu plus loin, on découvre vite que la plupart des romans de l’époque (et qui sont oubliés maintenant en dehors des pavés qu’on nous force à ingurgiter au lycée) sont en fait écrits par des femmes et que ça ne plaît pas du tout : le roman est donc un genre de littérature de basse zone et si on en écrit, c’est la honte assuré parce qu’il n’y a que la poésie et le théâtre qui comptent (j’exagère un peu mais comme c’est des femmes qui les écrivent, ça ne plaît pas à messieurs qui ont peur de la concurrence, vous comprenez ?). Bon, j’écris encore trop sur ce roman alors comme pour Sense and Sensibility, je vais sans doute en parler plus longuement autre part.

Persuasion est le dernier roman d’Austen qui ne l’a pas vu paraître de son vivant. J’ai franchement adoré la version BBC (oui, j’ai encore commencé par elle mais ce n’est pas de ma faute, Arte avait fait tout un cycle sur Austen alors j’avais suivi absolument tout ce qu’ils avaient diffusés à l’époque) et là encore, j’ai un peu fait la moue à la traduction française. Bon, j’ai une version gratuite en ebook (pas piratée, je précise) avec une traduction qui date d’avant 1900 alors ce n’est pas très étonnant, les traductions à l’époque, c’est quelque chose ! il faudrait que je vous en parle un jour, ça pourrait être drôle de s’aventurer du côté d’Olivier Twist ! Mais bref, j’aime beaucoup le tournicoti-tournicoton entre Anne Elliot et Frederick Wentworth compliqué par les histoires de famille de l’un et de l’autre et je trouve que ce roman est vraiment sous-coté en France par rapport à Orgueil et Préjugés.

Par contre, je ne peux pas vraiment parler de Mansfield Park, je n’ai jamais trouvé d’édition française et je n’ai pas téléchargé l’ebook en anglais donc à part vous faire un résumé de résumés trouvables sur internet, je ne vais pas vous être utile. Mais je vais le lire dès que j’aurai le temps, c’est certain.


Ce qui est génial avec Austen, c’est que chacun de ses romans aborde un pan de la vie de la femme à son époque et s’attaque à tous les travers qu’il a. Ce n’est certes pas du féminisme comme on l’entend maintenant mais elle luttait à sa manière pour le bonheur des femmes en osant réclamer des mariages d’amour pour toutes et ceux, peu importe la fortune et le rang social. Déconstruire la société qu’elle fréquentait à grands coups de plume était son péché mignon à mon avis et on ne peut qu’être admiratifs devant ça (je le suis en tout cas).

Et vous voulez savoir un truc drôle ? Jane Austen a écrit six histoires d’amour magnifiques mais elle ne s’est jamais mariée. Comme quoi, pas besoin d’être mariée pour s’y connaître en amour !


Pour conclure en anglais :

« It is a truth universally acknowledged that a single man in possession of a good fortune must be in want of a wife.

However little known the feelings or views of such a man may be on his first entering a neighbourhood, this truth is so well fixed in the minds of the surrounding families, that he is considered the rightful property of some one or other of their daughters. »


PS : Si vous voulez plus d’Austen, je vous conseille la mini-série Lost in Austen, Orgueil et Quiproquos en français il me semble. C’était hyper drôle à voir la première fois et ça le reste après le deuxième visionnage.

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