• Elinwë

Calendrier de l'Avent 2020 jour 14

Ce soir, partons voir un peu du côté des écrits qui se concentrent sur la femme et son rôle dans la société. On ne va pas se mentir, je connais très peu d’études féministes pour l’instant (j’ai besoin de trouver les livres qui m’intéressent et dans mon coin, disons que c’est un peu compliqué !) et je ne vais pas me lancer là-dedans ici et aujourd’hui.

Non, je vais plutôt parler d’un roman hyper intéressant et qui est adapté à la télé ces dernières années. Oui, j’ai découvert par la série et après j’ai pris le livre mais ce n’est pas de ma faute, promis ! il était juste tout le temps emprunté à ma bibliothèque, preuve qu’il intéresse des lecteurs.


La servante écarlate - Margaret Atwood


Je crois que beaucoup de monde connaît l’histoire de Defred maintenant mais je vous laisse avec le résumé de la nouvelle édition à paraître chez Robert Laffont dans la collection Pavillons Poche :

Devant la chute drastique de la fécondité, la république de Galaad, récemment fondée par des fanatiques religieux, a réduit au rang d'esclaves sexuelles les quelques femmes encore fertiles. Vêtue de rouge, Defred, " servante écarlate " parmi d'autres, à qui l'on a ôté jusqu'à son nom, met donc son corps au service de son Commandant et de son épouse. Le soir, en regagnant sa chambre à l'austérité monacale, elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, de travailler... En rejoignant un réseau secret, elle va tout tenter pour recouvrer sa liberté. Paru pour la première fois en 1985, La Servante écarlate s'est vendu à des millions d'exemplaires à travers le monde. Devenu un classique de la littérature anglophone, ce roman, qui n'est pas sans évoquer le 1984 de George Orwell, décrit un quotidien glaçant qui n'a jamais semblé aussi proche, nous rappelant combien fragiles sont nos libertés. La série adaptée de ce chef-d'œuvre de Margaret Atwood, diffusée sous le titre original The Handmaid's Tale, avec Elisabeth Moss dans le rôle principal, a été unanimement saluée par la critique.


Ouaip, encore une fois une référence à Orwell qui me déprime un peu. Il n’y a pas que lui en dystopie à connaître, non ? Mais bref, il y a des points communs mais comme il y en a avec Nous de Zamiatine. Bah quoi ? tout le monde a Orwell en référence en la matière alors je vais mettre Zamiatine à toutes les sauces et là, c’est encore plus vrai avec la ressemblance entre les deux systèmes mis en place pour contrôler la sexualité des gens.


Sinon, j’aime beaucoup Defred qui est une témoin passive de ce qui se passe autour d’elle mais qui a parfois des sursauts de révolte. Sa révolte à elle n’est pas visible, elle se présente dans ses souvenirs des jours heureux, des jours où elle avait une fille et un mari, où elle avait un travail et une maison, où elle pouvait gérer son argent. Où elle était une femme avec une identité propre et un caractère unique. Ses souvenirs nous permettent de reconstituer peu à peu les moments où l’Amérique a basculé d’un État (pas trop con et un peu dangereux) à Gilead (très con et très dangereux) (les parenthèses sont ironiques et moqueuses, en aucun cas je les pense, vous pensez bien).

J’ai trouvé hyper intéressante la manière qu’a Atwood pour nous amener à comprendre les évènements et presqu’à les accepter comme normaux (spoiler, le jour où je dépends d’un mari (très hypothétique) pour gérer mon argent, je préfère encore tout claquer en livres pour ne rien laisser en banque que de le laisser faire, c’est MON argent !). Defred, ou plutôt June, se rend bien compte que ses réactions sont anormales mais elle est aussi assez ironique là-dessus : oui, ce n’est pas normal d’accepter les choses mais qu’est-ce que vous feriez à sa place ? lutter pour finir pendu sur le mur ? (là encore une histoire de mur, incroyable, pas vrai ?) entrer dans un réseau de résistance dont lui a parlé une autre Servante alors qu’aucune information n’est réellement fiable ?

Là encore, on tombe dans le délire des régimes totalitaires avec la surveillance constante, la division des tâches selon les capacités (donc les intellos avec les plus belles femmes et les plus belles baraques et les autres qui essaient de survivre tant bien que mal), la méfiance envers tous, même soi, l’oubli de l’ancien régime qui n’était qu’artifice et vices, l’omniprésence de la religion aussi.


La June d’avant qui s’oppose à la Defred d’aujourd’hui m’a rappelée le personnage de Gollum, les « stupide Hobbit joufflu » et la méchanceté en moins. La June du passé a dû composer avec la situation et évoluer pour ne pas être purgée comme beaucoup de femmes « inutiles » à Gilead parce que stériles ou pires encore, féministes comme sa mère. Les souvenirs permettent de la faire revivre mais c’est désormais Defred, la servante discrète qui ne veut pas de problèmes, qui est aux commandes. Cette dualité s’efface dans les commentaires amusés de notre narratrice qui se parle « dans sa tête » et se demande bien qui lira ces lignes et comment, Defred comme June sont deux personnalités qui n’ont jamais pu renoncer à leur humour et c’est ce qui a pu leur permettre de survivre au centre des servantes et aux années de services.


J’aime énormément ce genre de livres qui font réfléchir sur notre société et sur ce qui pourrait la faire basculer. Atwood se demandait ce qui pourrait faire trébucher les USA et a imaginé une Gilead contrôlée par un christianisme assez horrible où l’amour du prochain n’a plus lieu d’être (à moins qu’esclavagiser des femmes pour les violer tous leurs jours de fertilité fasse partie du contrat dans la Bible, mais je ne crois pas avoir eu de leçons de catéchisme là-dessus, à moins que ça soit une partie réservée aux hommes, sait-on jamais). Et quand on regarde les États ultra religieux qui réduisent peu à peu toutes les libertés des femmes pour les ramener au statut de bonniche, c’est à se demander si elle n’avait pas vu juste. Et pareil quand on observe la Manif pour personne défiler dans les rues comme si elle ne demandait pas la destruction de droits fondamentaux pour toute une partie de la population (liberté, égalité, fraternité mais uniquement pour ceux qui leur ressemblent, hein ? ces gens me hérissent le poil, vous ne pouvez pas savoir à quel point !)


Mais bref, si vous avez aimé la série The Handmaid’s Tale, foncez lire le livre, je n’ai pas pu décrocher du pavé que c’est en version gros caractères (je ne suis pas myope encore mais c’est la seule édition qu’il y avait dans ma médiathèque quand j’y suis allée et franchement, je vais devenir adepte ! même si ça pèse son poids, on n’est pas obligé de coller la page sous le nez pour lire comme pour certaines éditions). Si vous cherchez à vous déprimer sur l’avenir de la femme, libre à vous de vous plonger dans ce roman. Bon, par contre, les hommes trinquent un peu avec quelques personnages clairement répugnants alors si vous appréciez les personnages masculins forts, je pense que vous pouvez passer votre chemin !


Pour conclure :

« Ignorer n’est pas la même chose que l’ignorance, il faut se donner de la peine pour y arriver. »

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