• Elinwë

Calendrier de l'Avent 2020 jour 13

Aujourd’hui, un peu de Russie ! Ça fait trop longtemps que je n’en ai pas parlé à quelqu’un alors autant que ça soit avec vous. On va en plus d’un auteur un peu connu et normalement facilement trouvable en librairie. Non, pas de Tolstoï que je n’aime pas du tout, c’est long, c’est ennuyant, ça parle mal des femmes alors que sans la sienne, il n’aurait jamais été connu, et c’est surtout très mal écrit parce que monsieur ne se relisait pas (oui, on dit aux élèves de se relire mais on les force parfois à lire des auteurs qui s’en moquaient, ironique, n’est-ce pas ?). Pas non plus Pouchkine, encore que je l’aime bien mais il faudrait que j’en relise de lui pour vous en parler. Pas non plus Tourgueniev qui m’a légèrement chauffée avec son mépris des femmes dans ses romans qui parlent beaucoup d’amours déçus par la faute des femmes, bien sûr. Ni Tchekhov que j’ai vraiment du mal à apprécier en dehors de ses nouvelles…

Bon, allez, j’arrête avec ma liste d’auteurs dont je parlerais peut-être un jour pour vous parler vraiment d’un de mes auteurs préférés de ce pays. Et d’Ukraine. Ouaip, la Russie et l’Ukraine ne sont pas d’accord sur le fait de savoir à qui il appartient parce qu’il est né à Kiev, utilise un dialecte ukrainien dans ses œuvres mais qu’il est né dans l’Empire russe qui contrôlait l’Ukraine à l’époque. Belle crise diplomatique en perspective si on se décide pour l’un ou l’autre de ces pays !


Nicolas Gogol


Alors bon, quand vous aurez fini de sourire à son nom qui, je sais, prête à sourire en France, je pourrais peut-être passer à mon argumentaire à pourquoi il est génial dans ce qu’il fait.

Déjà, il a écrit dans à peu près tous les genres de l’époque : poésie (bon, il n’a écrit qu’une idylle romantique, Hanz Küchelgarten, qui ne donne pas vraiment envie d’être lue avec son titre pas très russe), nouvelles, théâtre et romans.


Oublions donc la poésie que je n’ai pas lue pour passer directement aux nouvelles. Je vous le dis directement : lisez Les soirées du hameau, c’est clairement son meilleur recueil. On y suit la vie d’un hameau près de Dikanka, village fictif d’Ukraine, avec des aventures à la fois comique (le prêtre planqué dans le plafond de sa maîtresse pour éviter d’être surpris par le mari de cette dernière, « Ciel, mon mari ! ») et fantastiques (assez effrayantes du reste). Il y a huit nouvelles distinctes les unes des autres malgré un fil conducteur à travers les villageois dont Gogol se moque gentiment en dévoilant leurs travers avec un humour qui m’a souvent fait rigoler dans le métro. Si vous aimez le comique de situation, vous serez servis, si vous aimez le fantastique sombre, vous serez aussi servi.

Toujours si vous aimez le burlesque, tentez donc l’aventure avec Le Manteau avec ce pauvre Akaki Akakiévitch Bachmatchkine qui doit se résoudre à changer de manteau le jour où le sien tombe en lambeaux. Avec son nouveau manteau, le voilà un nouvel homme ! Seulement un voleur décide qu’il est trop heureux avec et le déleste. Akaki décide de ne plus se laisser faire par la vie et de prendre les choses en main : il va voir une connaissance puissante pour qu’elle l’aide à retrouver son manteau mais cette dernière refuse d’intervenir pour plaire à quelqu’un d’autre. Le destin de ce pauvre Akaki peut paraître burlesque de prime abord mais cela soulève quelques problèmes de l’époque quand même : la pauvreté des fonctionnaires de bas rang, la misère de la vie à Pétersbourg quand on manque de chance, et surtout, l’importance d’avoir un bon manteau !

Pour frémir, je vous conseille Le Portrait qui m’a beaucoup plu à l’époque parce qu’il me rappelait Le Portrait de Dorian Gray sur le thème du refus de la mort par la peinture. Si vous aimez les histoires de peintres maudits, ça devrait aussi beaucoup vous intéresser.

Pour finir avec ses nouvelles, Les Nouvelles de Pétersbourg qui contiennent Le Manteau et Le Portrait m’ont un peu moins intéressées et moins marquées également. Non pas que ça soit moins bien écrit que les autres mais les thèmes me parlaient moins à l’époque et il faut que je refasse un essai lorsque j’aurai à nouveau du temps pour lire autant que je veux.


Niveau roman, je crois que si je parle de Tarass Boulba, ça doit au moins vous dire quelque chose. Bon, ici, rien de très joyeux. On suit la vie de Tarass Boulba et de ses deux fils, des Cosaques zaporogues (d’Ukraine en gros) qui entrent en guerre contre la Pologne hérétique (bah oui, ils sont cathos alors que les Ukrainiens sont aussi orthodoxes que les Russes pour le coup). Sauf que toute l’histoire tourne très vite mal et je n’ai pas trop envie d’en parler parce qu’il faut conserver l’esprit de Noël, vous comprenez ? Et aussi parce que je n’ai pas envie de tout vous raconter.

Sinon, Les Âmes mortes sont aussi tragiques que drôles à lire. Déjà, pour comprendre la base de l’histoire, il faut comprendre que du temps de Gogol, les paysans étaient toujours les serfs de leur seigneur et qu’ils faisaient partis de leurs « biens », il faut attendre 1861 et ce pauvre Alexandre II (il a fini bombé par un parti nationaliste alors que c’était le plus libérateur des tsars mais que voulez-vous, quand ça veut pas passer avec le peuple, ça veut pas) pour que le servage soit définitivement aboli. Donc en tant que « biens », les serfs étaient listés de leur naissance à leur mort et parfois même après parce que le recensement se faisait tous les cinq ans. Et pendant ce temps-là, les propriétaires payaient des impôts par tête, au nombre de serfs mâles qu’ils possédaient, même les morts. Vous voyez où intervient l’arnaque ? Certaines personnes comme Tchitchikov ont eu l’idée absolument géniale d’acheter ces âmes (les serfs mâles) mortes aux propriétaires à prix modique (qui y trouvaient leur compte puisqu’ils ne payaient plus d’impôt dessus) puis de les « installer » sur une terre achetée fort peu chère avant d’hypothéquer le tout auprès du crédit foncier pour se faire une belle fortune et de s’envoler avec l’argent. Comme vous voyez, le sujet est assez macabre en soi mais Gogol avec sa verve réussit à critiquer les personnes Tchitchikov tout en faisant rire le lecteur, ce que j’admire profondément.


Côté théâtre, je ne peux que vous conseiller Le Revizor qui vous donnera une idée de l’état de corruption totale de l’administration russe. Cette satire a fait beaucoup de bruit à l’époque et heureusement que Nicolas I° (le tsar, pas Gogol) a aimé la première à laquelle il a assisté, sinon je pense qu’elle n’aurait pas passé la censure avec un sujet pareil et le ton adopté.

Il a écrit d’autres pièces, dont Les Joueurs, mais comme j’ai du mal avec le théâtre en général, j’avais fait le minimum syndical à l’époque de mes études et je ne les avais pas lues mais j’ai bien envie de tenter la lecture pour retrouver la verve et l’humour de Gogol.


Si vous aimez les auteurs qui parlent mal des travers des gens avec une finesse qui force le respect, franchement, lisez Gogol, il aborde les thèmes qu’il choisit avec énormément de tact et sait toucher là où ça fait mal avec un petit « pat’pat’ » sur la tête derrière pour réconforter les gens visés qui ne peut faire que sourire.


Oh ! et si vous aimez aussi les noms à consonnance burlesque aussi ! Gogol est un maître pour ça et même en français, les noms russes ont tendance à faire sourire comme le nom d'Akaki ou de Tchitchikov.


Pour conclure :

« Le rire est une grande chose : il n'enlève à personne ni la vie ni les biens, mais le coupable n'en est pas moins devant lui comme un lièvre aux pattes ligotées. »

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