• Elinwë

Calendrier de l'Avent 2020 jour 12

Ursula K. Le Guin


Alors aujourd’hui je retourne du côté de la fantasy parce que j’ai envie de réconfort. Et comme j’essaie d’alterner auteur/autrice d’un jour sur l’autre, on va partir du côté de Terremer.

Pour les gens qui ont un peu plus de la vingtaine, il y a des chances que vous ayez vu sur M6 il y a un moment l’adaptation du premier tome de cette saga avec la fille qui jouait l’amoureuse de Superman dans Smallville pour ceux qui connaissent. Sinon, il y a l’adaptation de Ghibli par le fils de Hayao Miyasaki pour ceux qui sont plus fan d’animation japonaise et qui est nettement plus proche de l’esprit des romans que l’adaptation américaine qui est vraiment partie dans la magie pure et dure et l’aventure alors que… pas vraiment.


Ce cycle raconte les voyages et les épreuves de l’Épervier, un jeune sorcier appelé à devenir l’Archimage une fois bien assagi. On pourrait se dire comme ça que la magie va être omniprésente et que ça va péter de partout en mode Harry Potter mais absolument pas. L’autrice a pris le parti inverse. Certes, l’Épervier reçoit des leçons de magie auprès du sorcier de son île puis à l’école de magie sur l’île de Roke, mais toute l’intrigue tourne autour du fait que la magie n’est absolument pas nécessaire pour devenir sage et puissant. Au contraire, à chaque fois qu’un sorcier se perdait sur la voie du pouvoir, que ce soit l’Épervier lors de son arrivée à Roke ou d’autres sorciers croisés tout le long des cinq romans et quelques nouvelles qui composent la saga, ça finit par des catastrophes.

Du reste, pas de formules magiques en latin mais simplement l’utilisation du vrai nom des choses et des personnes pour les contrôler avec une petite dose de talent. Le vrai nom de l’Épervier est ainsi Ged et seule Tenar utilise son vrai nom au quotidien (cette femme est un personnage hyper fort que j’ai adoré découvrir dans les livres après la déception de Kristin Kreuk dans la version américaine), les autres ignorent leur vrai nom et les puissants préfèrent le cacher pour éviter d’être manipulés magiquement.


Je n’ai pas envie de vous résumer l’histoire de l’Épervier et de ses amis qui couvrent son enfance à sa vieillesse, elle est trop belle et compliquée pour que je vous la massacre avec mon humour insupportable. Sachez que les descriptions sont magnifiques et les réflexions philosophiques donnent du grain à moudre.

Ce que j’ai adoré, c’est que Ged est l’anti-héros des sagas fantasy qu’on connaît : il n’est ni fort ni beau, il n’y connaît rien aux combats à l’épée et s’il est sûr de sa magie au début, il va vite prendre du recul par rapport à ce qu’elle lui apporte comme bénéfices par rapport aux pertes. Et après quelques années, on le retrouve certes archimage mais il est assez blasé par rapport à cette charge qu’il abandonnera pour aller vivre avec Tenar et la fille qu’elle a adoptée.

Tenar n’est pas en reste d’ailleurs, on la découvre prêtresse d’un ordre cruel pour suivre son évolution et sa découverte de pays moins portés sur les sacrifices et plus sur les liens d’amitié. Son destin ne fait que renforcer mon respect pour elle mais je ne peux pas vous en dire plus sans dévoiler des évènements des derniers tomes, ce qui serait plutôt stupide.


Franchement, si la fantasy vous fait peur parce que vous craignez de ne pas comprendre les codes, vous pouvez tenter l’aventure, Ursula K. Le Guin les a totalement renversés pour mettre l’humain à l’honneur et en dehors des noms étranges et des villes imaginaires, il y a très peu d’éléments de fantasy. On pourrait presque se croire dans un roman historique à la limite et j’aime beaucoup ce genre de livres où c’est plus de la contemplation que de l’action, c’est assez reposant entre deux livres où les actions s’enchaînent sans laisser de temps mort ni aux personnages ni aux lecteurs.


Je vous laisse pour conclure avec les propos de l’autrice lors d’une interview avec Fiona Lehn pour le magazine Room en 2009 :

« Si vous pensez que ça ne parle que de vaisseaux spatiaux ou quelque chose comme ça, oubliez ça ! La plus grande partie de la littérature jusqu'en 1750 environ était de la littérature fantastique. La fantasy est probablement notre plus ancienne façon de raconter des histoires. Vous ne voudriez certainement pas, j'espère, n'offrir à vos enfants que des livres sur le fonctionnement du tracteur ou ce genre de sujet. Vous leur permettriez de lire des livres sur des chevaux ailés ou quelque chose comme ça. Ne soyez pas effrayés par la fantasy ou même par la science-fiction. Et ne présupposez pas qu'elle n'a pas de valeur littéraire. Elle pourrait bien vous impressionner. »

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