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Alexéï Tolstoï – Aélita


Aélita – L’Age d’Homme, Archipel Slave (2009), traduit par Véra Gopner 12€



Aélita est le premier roman de SF russe que j’ai lu lorsque j’étais encore au lycée (aucune envie de dire que c’était il y a longtemps alors ne me demandez pas !). Alors, avant que vous me demandiez : non, ce Tolstoï n’est pas un parent direct de ce cher Léon mais appartient à une autre branche de cette famille de Russie (les nobles et leurs ramifications, tout ça tout ça). Cela étant dit, il reste un bon écrivain, la preuve en est avec ce roman d’aventures de 1923 qui est très vite devenu un classique pour enfants/adolescents dans l’URSS.

Mais résumons :

L’ancien soldat de l’Armée rouge Goussev répond à une annonce de l’ingénieur Loss invitant un brave à le rejoindre dans sa prochaine aventure. Il a inventé une fusée et projette d’aller sur Mars grâce à elle. Ils y parviendront et découvriront une civilisation basée sur l’exploitation des masses ouvrières par une caste supérieure minoritaire. Ni une ni deux, notre bon Goussev, bon communiste dans l’âme, déclenche une révolution qui ne se passera pas vraiment comme prévue. Entre temps, ils sont accueillis dans la maison d’Aélita, la fille du despote au pouvoir, à l’écart de la ville qui s’interroge sur leur venue. Cette dernière leur enseignera le martien en à peine une semaine (comme quoi apprendre une langue vite, c’est possible, au moins dans la fiction !🤣) et une idylle se formera entre elle et Loss alors qu’elle lui raconte l’histoire de sa planète dominée par les descendants des Atlantes.

À l’époque, j’avais beaucoup apprécié le côté aventure de ce roman qui convient tout à fait à des ados à partir de douze-treize ans s’ils aiment ce genre. Mais maintenant, je vois aussi les visions de Tolstoï envers les révolutions populaires qui peut très vite dégénérer lorsqu’elle survient dans une civilisation au bord de l’extinction. Mais heureusement, ça n’a jamais été le cas de l’URSS qui a parfaitement réussi sa propre révolution, n’en déplaise aux derniers Romanov, hein🙃.

Pour le contexte vraiment historique de la conception du roman, Tolstoï (qui était noble) avait fui la Russie comme beaucoup de Blancs (les nobles et les soutiens de l’Empereur) et passait d’un pays européen à l’autre, notamment, la France et l’Allemagne. Mais en 1923, il a vraiment la nostalgie de son pays et a adhéré à une idéologie communiste proche du parti et créée par un de ses amis écrivains. Aélita montre à plusieurs reprises ce nouvel amour pour l’idéologie communiste, d’abord dans l’histoire de la Terre et de Mars racontée par l’héroïne, ensuite dans le récit de la révolution (je spoile pas, du calme ! c’est dans le résumé du livre !) et enfin dans le personnage de Goussev.

Ce dernier est le bon communiste de base, volontaire pour tout tant qu’il ne s’ennuie pas chez lui comme c’est le cas depuis qu’il est réserviste de l’armée à cause d’une blessure, tout le rend heureux et il a la communication facile. Il rappelle beaucoup les personnages de paysans dans les contes et récits traditionnels russes comme on en retrouve dans les Contes d’Afanassiev ou encore dans les nouvelles de Gogol. C’est lui qui porte le roman plus que Loss qui est le scientifique doux rêveur qui veut partir pour échapper à un évènement qui le poursuit et non pour réellement découvrir une nouvelle planète même s’il est convaincu qu’elle est habitée.

Ce qui fait le charme du roman, c’est la simplicité de la science-fiction employée. Elle me rappelle beaucoup dans sa façon de traiter les voyages stellaires le film de Méliès, Le Voyage dans la Lune de 1902, ou encore les romans de Jules Verne. L’écriture est vraiment simple et haute en couleur, parfaite pour faire découvrir à un ado un roman russe classique qui ne fait pas plus de 1000 pages (pas comme le cousin lointain, quoi !). Par contre, certains moments peuvent être assez compliqués à appréhender pour des enfants de moins de 12 ans je pense s’ils n’ont jamais lu de scènes de bataille.

Je le conseille aussi pour les adultes qui veulent découvrir la SF sans trop de prise de tête à propos des voyages stellaires décrits dans tous leurs détails scientifiques plus ou moins réalistes. D’ailleurs, pour ceux qui s’intéressent aux noms et évènements racontés par Goussev lorsqu’il s’engage à suivre Loss, je vous mets quelques liens intéressants dessus.

Par contre, arachnophobes, je préfère vous prévenir que si juste l’idée de lire le mot araignée vous fait vous sentir mal (et je compatis, je suis encore traumatisée par les descriptions chez Tolkien), il y a des moments où on en parle. Rassurez-vous, c’est à peine cinq pages sur les 223 que compte la traduction française.

Pour conclure :

« Là-bas non plus, au-delà de la Terre, au-delà de la mort, impossible d’échapper à soi-même. Pourquoi ai-je goûté à ce poison, l’amour ! Vivre sans jamais s’éveiller ! Des germes vivants engourdis, tels des cristaux de glace, volent bien dans l’éther, volent bien assoupis ? Non, il faut tomber et s’épanouir, s’éveiller à la soif d’aimer, pour se fondre, s’oublier, ne plus être une graine solitaire. Et cet éveil de brève durée, pour se séparer, mourir et poursuivre son vol dans l’éternité, comme les cristaux de glace. »

Liens utiles :

Sur Makhno : https://www.franceinter.fr/emissions/la-marche-de-l-histoire/la-marche-de-l-histoire-08-novembre-2017

Sur Boudionny : https://fr.wikipedia.org/wiki/Semion_Boudienny (des fois, Wikipédia est utile pour donner des biographies générales lorsqu’on veut juste des renseignements et qu’on ne fait pas un devoir dessus😉)

Sur Pérékop : https://fr.wikipedia.org/wiki/Perekop


Et sinon, je vous mets la couverture du livre russe qui est juste trop belle ! 😍 Je veux cette édition illustrée par Igor Olieïnikov. Et oui, je vous la mets en beaucoup plus grande que la couverture française qui est très tristounette pour ceux qui se basent (comme moi) sur les couvertures attrayantes pour acheter. Et les illustrations à l'intérieur sont tout aussi sublimes ! Je vous ai déjà dit que je voulais ce livre ? Non ? Bah je le veux beaucoup, beaucoup, beaucoup !



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