• Elinwë

1984 – George Orwell

Mis à jour : 11 déc. 2020


Je pense qu’il n’y a pas besoin de résumer plus cette dystopie qui est devenue un classique dans la critique des régimes totalitaires. Par flemme, j’assume totalement, mais aussi parce qu’on a tous au moins entendu parler de « Big brother is watching you ».

Alors, comment dire que j’ai été un tout petit peu déçue par ce qu’on m’a présenté comme un chef-d’œuvre du genre ? Pas parce que c’est nul mais juste parce que j’avais déjà l’impression d’avoir lu ça autre part. Alors oui, les dystopies sont devenues monnaie courante depuis quelques temps avec tous les romans young adult du genre Divergente, Hunger Games et autres Labyrinthe, mais non. Pour ma licence de russe, j’avais lu Nous autres (retraduit par la suite en Nous) de Zamiatine. Et comment vous dire que les deux romans partent du même principe avec quasi trente ans de différence ? Sachant que le roman de Zamiatine est sorti en 1921 hors de l’URSS, ce qui lui a valu quelques petites bricoles de la part du nouveau régime communiste qui commençait à s’en reprendre aux écrivains « dissidents » après une vague d’éliminations en tout genre vers 1919. Enfin commençait, reprenait ses purges plutôt mais c’est une autre histoire.

Bref, revenons-en à notre roman britannique qui reprend pas mal d’idées déjà présentes dans Nous autres. Attention, je ne hurle pas au plagiat, je ne sais pas si Orwell avait connaissance de Zamiatine et je sais très bien que des thèmes aussi novateurs finissent toujours par être réappropriés par d’autres (après tout, Zamiatine lui-même a très bien pu pomper son inspiration sur un autre sans que je l’apprenne !). Mais du coup, ayant déjà vu le thème du totalitarisme poussé à l’extrême, j’ai été un peu déçue par l’histoire de ce fonctionnaire de l’Etat qui se découvre une conscience avant de la voir s’éteindre sous la torture (pardon, je spoile un peu la fin mais bon, il faut se douter que dans un régime totalitaire, ça existe !).

Le système décrit est très divergent du régime mis en place dans Nous autres (vous voyez, je vous l’avez dit qu’il avait pas plagié !) avec un pays en guerre avec ses trois voisins (mais sont-ils vraiment en guerre et ont-ils vraiment que trois voisins ?) et une bureaucratie extrêmement lourde qui broie absolument tout le monde sur son passage. Tout le monde, c’est-à-dire les cols blancs, parce que les prolétaires, ils ont l’air de s’en foutre royalement à les laisser mourir dans leur misère et en leur extorquant le peu d’argent qu’ils ont grâce à une loterie truquée où personne ne gagne et où personne n’est dupe.

Là encore (pardon, je vais finir par arrêter de comparer les deux livres un jour où l’autre !), l’amour est le grain de sel qui fait gripper la machine et notre héros. La femme devient son moyen libératoire qui lui fait se poser des questions sur le bien-fondé de son travail et de son existence. Bon, je vous laisse découvrir ce qu’il advient de cet amour à la fin, pour les romantiques, ça va vous faire drôle. Spoiler : les romances de Nous autres et 1984 se ressemblent au début mais sont très différentes dans leur traitement (et je préfère largement celle de Nous autres mais là, c’est une question de goût je pense).

Je pense que si vous avez peur de vous confronter à 1984 parce que c’est considéré comme un classique et un chef-d’œuvre du genre pour certains critiques littéraires, vous devriez quand même tenter le coup. C’est un roman assez court (bon, il est court pour moi qui lis très régulièrement des pavés comme Guerre et Paix ou Le Seigneur des Anneaux mais promis, il fait moins de 400 pages en livre de poche !) et au style assez léger pour se lire facilement.

Enfin quand vous êtes pas sans cesse en train de vous demander si ce que vous lisez est réellement en train de se passer sous vos yeux parce que ça peut vite devenir dérangeant quand vous n’avez pas l’habitude des dystopies. Et au moins vous êtes pas en train de cracher votre chocolat chaud par terre (ou sur vous) à cause de gamins qui s’étripent au nom d’un Etat qui s’intéresse pas du tout à leur sort.

Ça peut être intéressant d’offrir ce roman à un ado (ou à un ado de le découvrir par lui-même) lorsqu’il aborde en cours d’histoire les régimes totalitaires comme l’URSS ou l’Allemagne nazie. C’est un assez bon moyen « ludique » de lui faire comprendre comment marchait l’embrigadement des gens à l’époque et comment ça se poursuit dans des pays très fermés à l’international (du genre Corée du Nord et compères). Et pour les adultes, ça peut faire office de piqûre de rappel : on se dit souvent qu’on aurait jamais pu se faire avoir par la propagande nazie ou celle de Pétain si on avait vécu 80 ans plus tôt mais en fait, non, on se sait pas et on le saura jamais !

Par contre, un gros point noir pour moi, c’est le traitement de la femme par Orwell qui me fait un peu grincer des dents mais bon, le féminisme comme nous le connaissons maintenant n’était pas encore très présent.

Sinon, autre point qui peut être assez compliqué pour convaincre un néophyte en dystopie de lire 1984, bah c’est la dystopie ! (lol, sans blague !) Autant une utopie, c’est plus facile à lire parce que tout y est plus beau et meilleur que notre monde (bon, à part Que Faire ? de Nicolaï Tchernychevski mais peut-être que j’en ferai un post plus tard), autant une dystopie vous met vite le moral dans les chaussettes. Du coup, pour me lancer, je me suis dit qu’au pire, je pouvais le rendre à la bibliothèque où je l’avais pris sans culpabiliser de l’avoir fait payer à quelqu’un ou avoir dépensé mes sous pour rien (la gratuité d’un livre vous fait vachement relativiser sur l’impossibilité de lire jusqu’au bout un livre par rapport à quelque chose qu’on paie plein pot autrement, du reste, 18 balles un ebook, les grosses maisons d’édition vous pensez pas que vous abusez un peu ?).

Et puis une dystopie est fait pour faire réfléchir les gens à un futur qui se construit par leurs actes quotidiens (enfin, au départ c’était pour ça mais maintenant c’est devenu du pur divertissement avec les séries young adult adaptées au ciné) et à les inciter à plus d’ouverture d’esprit. 1984 est une critique franche du communisme stalinien (Big Brother est clairement un mélange de Staline et Hitler) mais c’est aussi une invite au « monde libre » de se méfier à ne pas tomber dans les mêmes travers. Et quand on voit comment tournent certains pays de ce « monde libre », c’est à se demander qui lit encore 1984 et comprend encore son objectif premier de mise en garde.


Pour conclure :

« LA GUERRE C'EST LA PAIX LA LIBERTÉ C'EST L'ESCLAVAGE L'IGNORANCE C'EST LA FORCE » (JE CRIE PAS, C’EST LE LIVRE ! Hum… pardon ! j’ai oublié d’enlever le capslock ^^’)

« La doublepensée est le pouvoir de garder à l'esprit simultanément deux croyances contradictoires, et des les accepter toutes deux. Un intellectuel du Parti sait dans quel sens ses souvenirs doivent être modifiés. Il sait, par conséquent, qu'il joue avec la réalité, mais, par l'exercice de la doublepensée, il se persuade que la réalité n'est pas violée. Le processus doit être conscient, autrement, il ne pourrait être réalisé avec une précision suffisante, mais il doit aussi être inconscient. Sinon, il apporterait avec lui une impression de falsification et, partant, de culpabilité. » (phrase très intéressante pour toute personne s’intéressant aux régimes totalitaires de notre monde réel)

« Nous savons que jamais personne ne s’empare du pouvoir avec l’intention d’y renoncer. Le pouvoir n’est pas un moyen, il est une fin. On n’établit pas une dictature pour sauvegarder une révolution. On fait une révolution pour établir une dictature. La persécution a pour objet la persécution. La torture a pour objet la torture. Le pouvoir a pour objet le pouvoir. »


Je m’arrête là pour les citations, le bouquin en est rempli et est parfait pour briller lors de dissertations philosophiques sur le pouvoir et en histoire !